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Contribution aux troisièmes assises de l'Internet solidaire et non marchand
Auteur:
Valérie Peugeot
Date de publication:
16/1/2001
Contenu
Mots clef:
Localisation:
Ciberthèque > Participants > fra_doc_03.html
Documents connexes:
A Framework for the DOT Force consultation process
Nonprofit Organizations and the DOT Force
First Plenary Meeting of the Digital Opportunity Task Force (DOT Force)
 

Thème : Atelier 3 - Représentativité des acteurs d'Internet

L'association VECAM - Réflexion et Action pour l'Internet citoyen - vit en ce moment une double expérience qui touche directement aux questions soulevées par l'atelier 3 des Assises. Nous les présentons ici à titre d'exemples susceptibles de faire avancer notre réflexion collective.

1/ En terme de tentative d'auto-organisation : depuis plus de deux ans, l'association essaye de développer un réseau européen et mondial des réseaux citoyens utilisant les TIC comme outil de transformation de la société.

En novembre dernier s'est tenue à Barcelone la première rencontre mondiale de ces réseaux citoyens, sur le thème "Internet par et pour les citoyens". Elle a rassemblée près de 600 personnes venant de 35 pays différents : depuis la communauté Maori en Nouvelle Zélande qui utilise les TIC pour défendre leur spécificité culturelle, jusqu'aux sénégalais qui ont rendues transparentes les dernières élections dans leur pays en utilisant radio + Internet + portable, en passant par Ravalnet à Barcelone où des jeunes d'un quartier pas facile ont monté une radio communautaire en ligne, ou encore ATTAC etc. pour ne citer que quelques exemples.

Objectifs de la rencontre en bref :

- l'échange d'expériences et la construction de partenariats bien évidement

- la construction d'une parole commune à l'égard des grands enjeux de la soi-disant société de l'information.

A la fin de la rencontre de Barcelone, a été créé

- un "partenariat mondial des réseaux citoyens", partenariat ouvert à tout acteur désireux de poursuivre les dynamiques initiées à Barcelone

- un "steering commitee" chargé d'animer ce partenariat, dans lequel peut entrer toute personne disposée à s'engager concrètement dans une action.

A l'égard des questions qui nous occupe durant les assises on voit bien pointer un double questionnement :

- comment cette tentative d'auto organisation à l'échelle mondiale peut-elle durablement échapper aux travers des grandes ONG classiques, ou encore aux dérives type ICANN ou ISOC ? Comment mettre en place des processus de coopération ouverts et démocratiques, fidèles à l'esprit "réseau" ?

- les outils ne sont-ils pas sous-utilisés quand il s'agit de démocratie interne à nos associations et mouvements ? N'est il pas de notre responsabilité de développer / expérimenter des "collecticiels" susceptibles de répondre à nos exigences de démocratie interne ?

2/ En terme d'interaction avec les institutions

VECAM a depuis sa création cherché classiquement, à défendre un certain nombre des idées qu'elle développe auprès d'institutions françaises et européennes.

A Barcelone nous avions invité le Ministère des Affaires étrangère français (le ministère a financé le voyage et le logement d'une quinzaine de correspondants étrangers).

Suite à Barcelone, le Quai d'Orsay pousse auprès des différentes instances internationales, la dot force du G8 et la "Task force digital divide" de l'ONU en particulier, l'idée que le "partenariat de réseaux citoyens" lancé à l'occasion de ce congrès devienne officiellement l'interlocuteur "société civile" de ces institutions.

Ils le font malgré que nous ayons dès le début exprimé des doutes sur la réalité d'un tel dialogue, et sur le fait que ce n'est pas la première fois que le monde associatif est soi-disant consulté, pour qu'au final ses positions ne soient pas reprises.

Nos interlocuteurs du Ministère auraient notamment souhaité que le "partenariat de réseaux citoyens" présents à Barcelone soit l'interlocuteur "société civile" au sein de la Dot force (Digital observatory taskforce) du G8. Cette instance intergouvernementale (USA, Canada, Japon, France, GB, Allemagne, Russie, Italie), qui a pour mission principale d'apporter des réponses à la "fracture numérique", a prévu effectivement de convier des entreprises et des ONG de leurs pays respectifs ainsi que des représentants gouvernementaux (uniquement !) des pays intermédiaires et en voie de développement : Chine, Inde, Sénégal, Tanzanie, Bolivie, Indonésie et Egypte.

Notamment pour des raisons diplomatiques - allergie de la Chine aux ONG -, mais aussi pour des raisons plus politiques, il n'a pas été possible au Quai d'Orsay de proposer le "partenariat de réseaux citoyens" comme interlocuteur. Ils ont donc proposé à Vecam d'être l'ONG française associée à la Dot force, Vecam étant invité à la fois "per se", mais aussi au nom du réseau international qu'elle porte.

Cette perspective a constitué d'entrée de jeu à nos yeux une opportunité et un risque.

L'opportunité est évidemment de pouvoir présenter au plus haut niveau des gouvernements occidentaux les idées que nous travaillons depuis tant d'années auprès des milieux décisionnaires français. A l'heure ou la Dot force du G8 défend le commerce électronique en le posant comme réducteur d'inégalités, nous devons accélérer notre travail de proposition politique pour une organisation différente de la société de l'information et de la société en général.

Le risque est double :

- Vecam n'a pas de légitimité particulière à devenir "la voix de la société civile française". Notre démarche n'aura de sens que si nous interagissons en permanence avec les autres acteurs de la société civile française et internationale, de manière à intervenir plus comme catalyseur que comme représentant.

- à un moment ou les gouvernements veulent à tout prix éviter de nouveaux phénomènes type Seattle ou Prague, nous risquons d'être l'alibi "société civile" et n'avoir aucun poids sur le fond.

Face à ce double risque, et après avoir consulté les membres de l'association et un certain nombre de réseaux amis, nous avons décidé de participer pour le moins à la première réunion de la DOT Force qui s'est tenue fin novembre à Tokyo, et en y affirmant une position de simple observateur.

Aujourd'hui et après Tokyo dont je ne ferai pas l'analyse ici, notre ligne de conduite et nos questionnements restent entiers :

- faut-il participer à ce genre d'instance et si ou a quelles conditions ?

- dans la mesure ou elle accepte d'y participer, comment une association peut-elle ad minima mener une démarche transparente à l'égard du reste du monde associatif, ad maxima porter une parole collective ? Ceci implique qu'elle puisse créer et animer avec des moyens en ressources humaines des forums de discussion dans lesquels elle peut interagir avec tous ceux qui désirent se mobiliser sur ces enjeux. C'est une condition sine qua non pour ne pas perdre authenticité et convictions. Mais comment porter en toute indépendance ce travail ?

- comment de façon plus ambitieuse essayer de substituer un collectif associatif à une association lambda ? Comment convaincre les institutions d'accepter ce dialogue ? Comment alors nous y préparer ? Des collectifs internationaux tels que le "Partenariat mondial des réseaux citoyens", dans leur diversité géographique et culturelle, constituent-ils un début de réponse à ces questions ?

D'ou vous voyez que mon premier questionnement rejoint le deuxième : si nous ne menons pas de front la réflexion sur notre démocratie interne et notre interface avec les institutions, nous serons éternellement piégés dans la question de la représentativité, question que les instituions - j'en témoigne - ne se privent pas de nous envoyer au visage dès que nous critiquons l'absence de prise en compte de la "société civile" dans les instances internationales.

Vecam fait partie de ceux qui ont l'intuition que la révolution informationnelle peut être utilisée pour transformer la relation au pouvoir. Commençons donc par vérifier cette hypothèse au sein du tiers secteur !

Pour VECAM, Valérie Peugeot

 


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Dernière modification: 16/01/2001